Ligue contre la violence routière
3 juillet 06
Commentaires sur le projet de facilitation de la récupération d’un
nouveau permis
après annulation du permis en cours par perte de
tous les points
Après avoir consulté les
experts et quelques membres du CNSR, nous avons mis au point l’argumentaire
suivant :
Les arguments les plus
importants
> Les réponses incluses sont
en bleu. Pour les chiffres et les justifications, voir argumentaire ci-après.
Une procédure dissuasive ne
permet pas d’avoir simultanément un effet et son contraire. Le permis à points a été conçu pour
permettre une meilleure application des sanctions prévues en cas de délits ou
de contraventions routières. C’est la répétition des infractions qui conduit à
la perte du permis, et compte tenu du nombre de points et des conditions des
pertes de points, il faut véritablement être un habitué des infractions au code
de la route pour perdre son permis, d’autant qu’un stage de 2 jours permet de
récupérer facilement 4 points. Une fraction importante des usagers commet
épisodiquement des infractions, le conducteur parfait étant une exception.
Après chaque retrait de points ces inattentifs ou ces conducteurs qui aiment
aller vite font plus attention, bénéficient éventuellement d’un stage de
récupération et continuent de conduire « normalement ». Le système a
simplement stimulé leur souci de respecter les règles, c’est l’objectif
recherché.
> Rhétorique :
- Depuis 2002, les résultats de la sécurité routière montrent que la mortalité
sur les routes à diminué de 40%, les gens roulent donc plus prudemment.
- Depuis 2002, les résultats de la sécurité routière montrent que les
infractions constatées ont augmenté de 300%, les gens roulent donc moins
prudemment.
=> la répression peut donc avoir un effet et son contraire.
Plus sérieusement, le régime de
sanction du permis à point a été mis au point il y a prés de quinze ans, et a
fonctionné sans lever de mise en cause pendant plus de 10 ans. Mais depuis la
multiplication des sanctions donnant lieu a des retraits de point et la mise en
place de la répression « tolérance zéro », le système s’est emballé
et il devient beaucoup plus facile de perdre son permis, même en ne commettant
que infractions mineures, sur une période de 10 ans.
De plus, plus les gens
s’assagissent sur la route, plus on met en place de nouveaux moyens de
réprimer, d’où l’envolée des pertes de points, et du sentiment bien légitime de
révolte des usagers de la route.
9 conducteurs sur 10 ont tous
leurs points, moins de 2 sur mille ont vu leur permis annulé en 2005 par
épuisement de leur stock de points. Ces nombres permettent de comprendre ce que
serait l'effet de cette mesure sur la population non concernée, soit la quasi-totalité
des gens. Cette majorité qui a développé depuis 4 ans son souci de respecter
les règles ne sait pas qu'il faut six mois avant de récupérer le permis annulé
! En le découvrant la seule chose qu'elle retiendra est que le gouvernement
devient plus clément, et que l’on peut « y aller », accélérer un peu
plus, téléphoner au volant un peu plus, etc. Le message global va bien
au-delà du petit message archi technique à destination de quelques personnes
qui à la fois perdraient tous leurs points ET voudraient rouler sans permis
pour l'unique raison qu'ils ne veulent pas attendre six mois. C'est ce
message global qui est pernicieux, et c'est lui bien sûr qui intéresse Perben:
il fait semblant de s'adresser à quelques-uns, mais il s'adresse à tous.
> Alors que le phénomène
de retrait de permis ne touche, comme vous le dites, que 0,2% de la population,
plus de 70% de celle-ci est favorable à la révision de la sanction de retrait
de permis. En effet, la perte de points de permis touche à 95% des personnes
ayant un bonus assurance, et donc n’ayant pas eu d’accident ces dernières
années. Si un système est injuste pour la majorité des personnes sanctionnées,
il l’est pour la société toute entière qui s’identifie à ceux la.
Le CNSR, ce sont des
représentants de l’industrie de la sécurité routière, et des associations
contre la violence routière. Les lobbies ne doivent pas se substituer à la
démocratie. Les sanctions sont perçues comme injustes, et hors de proportion,
car on peut être amené à perdre sont emploi alors qui l’on n’a mis en danger
personne. Ce problème touche 10% de la population (voir chiffres ci dessous).
Laisser donc au personnel politique prendre le soin d’arbitrer les problèmes de
société.
Personne n’est capable au ministère
de nous donner la proportion d’usagers conduisant sans permis par épuisement du
nombre de points. Présenter une telle mesure sans avoir ces données est une
forme d’incompétence. Les données disponibles semblent indiquer que la majorité
des usagers conduisant sans permis ne l’ont pas passé, ou ont perdu pour
plusieurs années le droit de le repasser à la suite d’une infraction grave avec
accident. Rappelons que la durée de l’interdiction de redemander un nouveau
permis est doublée en cas de délit de fuite ou de conduite sous l’influence de
l’alcool ou de récidive. L’interdiction peut aller jusqu’à 8 ans.
> Les sans permis, c'était à
peu prés 2% des accidents corporels en 2002. Lors des contrôles inopinés, on
constate une augmentation de +1000% de conduite sans permis entre 2002 et 2005.
Comme la presse le soutient, 7% de conduite sans permis est une estimation qui
peut être raisonnable a l'heure actuelle. Ce serait donc 1 conducteur sur 15
qui roule sans permis.
S’inquiéter du nombre de
conducteurs sans permis après annulation est un argument à la fois inexact et
relevant d’une logique absurde :
les
constats effectués lors des accidents montrent que la proportion de conducteurs
sans permis demeure faible (1,6% dans les statistiques du ministère de l’intérieur
pour 2005),
>
Les sans permis, c'était à peu prés 2% des accidents corporels en 2002. Lors
des contrôles inopinés, on constate une augmentation de +1000% de conduite sans
permis entre 2002 et 2005 (dans les statistiques du ministère de l’intérieur).
dire que
la pression sociale du système deviendrait insupportable du fait du nombre de
personnes concernées par la perte du droit de conduire est un mensonge. En 2005
54 242 permis ont été invalidés, ce qui représente moins de 2 conducteurs
sur mille. Ce prix à payer pour l’efficacité obtenue est faible,
>
Le problème est que la sanction de perte de point touche à 95% des conducteurs
qui n’ont pas commis d’accidents dans les dernières années (voir argumentaire
ci-dessous). Si un système est injuste pour la majorité des personnes
sanctionnées, il l’est pour la société toute entière qui s’identifie à ceux la.
les
usagers qui utilisent leur véhicule alors qu’ils n’ont plus de permis ont un
comportement particulièrement asocial puisqu’ils associent à l’accumulation des
fautes qui a provoqué l’annulation du permis le refus de la sanction. Les
analyses de ces situations ont mis en évidence la fréquence des problèmes
d’alcool chez ces conducteurs (bilan 2005 de la sécurité routière). Agir en
faveur des conducteurs qui témoignent doublement de leur comportement asocial
en ayant perdu leur permis à la suite de leur comportement sur les routes et en
ne respectant pas une décision d’annulation de permis est pour le moins
paradoxal.
>
Nous avons donc +1000% de conducteurs asociaux qui roulent sans permis depuis
2002. Ceux la roulent bien prudemment puisqu’ils vous ont permis d’afficher
-40% de morts sur les routes. Voila bien le paradoxe
Avec
une telle logique, il conviendrait de réduire le montant des amendes pour éviter
les défauts de paiement et à la limite de supprimer le permis à points ce qui
supprimerait le risque d’avoir des conducteurs prenant la route après une
annulation de permis du fait de la perte de leurs 12 points !
>
Les lois doivent être respectables pour être respectées ... Or tandis que les
gens roulent plus prudemment (-40% de tués), la répression a déséquilibré le
système du permis a point: le nombre de retraits de permis s’est envolé
(+300%), et à rendu le système illégitime: les mesures mises en œuvre ont
conduits à des effets inacceptés (puisque les gens ne respectent pas
l’interdit): le retrait de permis (qui conduit à +1000% de conduite sans
permis), qui touchent en majorité des gens qui n'ont pas eu d'accidents
dernièrement (95%), et qui sont fortement pénalisé par cette sanction (perte
d’emploi), sans mesures par rapport aux fautes commises.
L’article L 223-5 du code de la
route dit que l’usager qui a perdu la totalité des points et donc le droit de
conduire un véhicule « ne peut solliciter un nouveau permis de conduire
avant l’expiration d’un délai de six mois ». Ce texte étant dans la
partie législative du code il faut un vote du Parlement pour le modifier. Si le
débat venait devant le Parlement nous produirons des données concernant la proportion
de conducteurs sans permis par perte de points supérieure à 12. Effectuer ce
travail dans un délai de deux mois est possible et le résultat démontrera que
l’argument de la conduite sans permis de tels conducteurs est négligeable et
que le Ministre de l’Equipement a fait une proposition sans faire l’étude
indispensable pour la fonder. Sa motivation est donc purement politique, sans
avoir consulté les experts ni le CNSR. Quand on veut prendre une décision
inappropriée, il faut bien entendu éviter de consulter ceux qui connaissent le
problème.
> Vous n’avez pas le monopole
de l’expertise, mais à travers le CISR, le CNSR a sans aucun doute le monopole
du dialogue avec le gouvernement. N’ayez donc crainte de ne pas être entendu.
Bien heureusement, les électeurs ont eux le monopole du vote, et une campagne
auprès des internautes, des députés et dans les médias sera menée pour les
sensibiliser aux dérives du permis à points. Avec 10% des électeurs
légitimement concernés par ce problème en période pré électorale, ne doutons
pas que le débat soit animé !
La crainte des délits associés,
notamment de l’attribution de la faute à un proche qui ne conduit plus et a ses
12 points fait également partie de cette logique de protection des plus
asociaux, alors que ce sont ces usagers qui sont les plus dangereux sur les
routes. Il est facile de dépister ces fraudes avec des méthodes de sélection
sur des critères épidémiologiques. Quand un homme adulte est propriétaire d’un
véhicule, proche de la perte de tous ses points et qu’il signale une femme ou
un homme âgé qui a tous ses points comme responsable de l’excès de vitesse, une
enquête d’une grande simplicité peut le confondre et permettre d’appliquer les
sanctions très sévères prévues pour ces fausses déclarations. Il serait plus
utile d’annoncer lors du CISR le développement de ce type de dépistage que
d’affaiblir le dispositif.
> Les asociaux qui recourent à
ces extrêmes sont les soutiens de famille pour qui conduire est une nécessité
vitale, pas un sport. Croyez vous dans ce cas que ses proches ne soient pas
solidaires de ce trafic ? Bonne chance pour vos enquêtes.
Affirmer que les autres mesures
accompagnant l’annulation du permis seront toujours là pour assurer la
dissuasion est ridicule, oser mettre en avant la nécessité d’un examen médical
et le fait que l’on récupère un permis probatoire est une provocation plutôt
qu’une absence de bon sens. Il n’y a pas de commune mesure entre le fait de ne
pas pouvoir conduire pendant 6 mois et ces contraintes qui existent déjà. En
outre la dissuasion liée à l’attribution d’un permis probatoire est également
affaiblie si l’on récupère plus facilement un permis supprimé. La mesure
affaiblira à la fois la dissuasion concernant le permis normal et celle
concernant le permis probatoire. Actuellement, dans les deux cas, l’usager est
incité à respecter les règles par le risque de perdre son permis pour une durée
qui est raisonnable : six mois.
> 6 mois sans conduire, peut
être sans travailler, et perdre son emploi, sans jamais avoir mis en danger
personne, est-ce la votre notion du raisonnable ? En cas de perte des 12
points sans avoir été responsable d'accidents (vérification du bonus
assurance), le permis pourrait être repassé dans un délai imparti de 6 mois, au
terme duquel le permis est retiré, si il n'est pas revalidé pas un examen -
mais le permis n'est pas retiré d'office. Cela permettrait de re-sensibiliser le conducteur qui a commis des infractions
à répétitions, sans le pénaliser dans sa vie professionnelle, ni son entourage.
Cette proposition constitue un bon équilibre qui, sans remettre en cause
le permis à point et la politique de sécurité routière, allège les conséquences
négatives du système (perte d'emploi, conduite sans permis, ...)
Si vous avez un doute sur le
caractère dangereux de cette mesure, faites un test très simple en répondant à
la question suivante :
La réduction du délai de 6 mois
entre l’annulation de son permis par perte de tous les points et la possibilité
d’en demander un autre est une mesure qui :
réduit le
caractère dissuasif du système de permis à points ?
accroît
le caractère dissuasif du système de permis à points ?
>
est plus juste pour ceux qui n’ont mis en danger
personne
Le fait que ce test élémentaire
n’est pas utilisé dans l’argumentaire de ceux qui préconisent la mesure permet
de les classer dans les politiquement malfaisants, la caractéristique de ce
comportement étant de mettre en avant des arguments qui ne sont pas ceux qui
sont réellement à l’origine de la décision envisagée. Il serait difficile de
dire, « nous avons peur de perdre des électeurs avec la pression
exercée sur les usagers pour leur faire respecter les règles, nous allons lever
le pied pendant la période qui précède les élections de 2007 ».
> S’ils vous en parlent, c’est
qu’ils ont bien des raisons de s’inquiéter, en effet.
Rappel de quelques données
statistiques
Données concernant le permis à
points :
54230
permis invalidés en 2005 soit moins de 2 permis pour mille.
>
En hausse de 40%.
Il faut
rapprocher ce nombre des 816 000 permis qui ont bénéficié en 2005 d’un
rétablissement du nombre initial de points. Ce rapport de 1 à 20 est la preuve
de l’efficacité du système, les conducteurs font ce qu’il faut pour récupérer
leurs points (ils mettent leur ceinture, ne téléphonent plus, réduisent leur
vitesse etc et suivent des stages de récupération de
points),
>
En baisse de 9%
1,6%
des impliqués dans un accident sont sans permis valide au moment des faits
>
+1000% de conduite sans permis constatée lors des contrôles inopinés, entre
2002 et 2005
36 635 388
conducteurs ont tous leurs points
3 364 612
conducteurs n’ont pas tous leurs points, présenter la situation actuelle comme
une contrainte insupportable qu’il faut réduire ne correspond pas à la réalité
>
10% de l’électorat, une élection se joue à bien moins que cela
Les aspects plus généraux
de cette erreur majeure
Quand
on tripatouille le Code de la route, ce n'est pas comme modifier le mode
d'acquisition d'une carte d'identité ou le chèque emploi-service. On n'est pas
dans la tracasserie administrative, avec le Code de la route, on est dans la
vie et la mort de milliers de gens chaque année.
Comment
concilier une telle régression de la dissuasion par l’application stricte des
règles qui a été à la base des succès observés dans le domaine de la lutte
contre la violence routière depuis 4 ans ? Quelle cohérence avec les
affirmations récentes du chef de l’Etat rappelant : « qu’une
majorité qui ne poursuit pas son action jusqu’à son terme est sanctionnée »
et qu’ « arrêter d’agir se paie très cher dans les urnes » ?
A
quoi sert le Conseil National de Sécurité Routière si de telles décisions
peuvent être prises sans lui demander son avis ?
>
Quand des lobbies, sous couvert de réalité scientifique, tripatouillent les
chiffres pour ne mettre en évidence que leurs propres résultats, aussi bons
soient-ils, en ignorant les conséquences sociales sur la société, ils
s’exposent à perdre leur crédibilité, et à terme leur influence.
Le dernier mot reviendra aux électeurs.